Les risques de la carpe

alveoli

Il y a quelques jours, AIDA international, via son responsable Science & Médecine Rik Rösken, publiait un avis important concernant une technique utilisée par les apnéistes de compétition depuis longtemps, et aujourd’hui de plus en plus connue des apnéistes loisir : la carpe ou packing en anglais. La voici traduite en français, et suivie de nos commentaires sur ce sujet.

Concernant les incidents relatifs à la technique de la carpe ou packing

La carpe est une technique utlisée par les apnéistes pour augmenter la pression dans leurs poumons au-delà de la normale. L’objectif est d’aider à atteindre des profondeurs, distances ou temps plus importants. Des incidents ces dernières années ont pourtant révélé que cette technique n’est pas sans risque.

Elle est reconnue comme étant notamment à l’origine de différents problèmes graves tels que le possible passage d’air dans les artères (embolie gazeuse), entre les poumons (pneumomédiastin), pneumothorax, et saignements des poumons. Tous ces traumatismes peuvent être potentiellement mortels s’ils sont sous-estimés et mal traités. Les facteurs aggravants reconnus sont les postures augmentant la pression thoracique (étirements ou yoga après avoir carpé) et la combinaison d’un packing extrême avec certaines disciplines (poids constant sans palmes et dynamique sans palmes). Enfin, le bloodshift et / ou un baro-traumatisme des poumons réduisent physiquement le volume pulmonaire. Associés à des carpes, ils peuvent également affecter la pression pulmonaire après une plongée profonde.

Pour prévenir ces incidents :
a. Eviter de carper à sec, en dehors de l’eau
b. Ne jamais augmenter trop rapidement le nombre de carpes par rapport à d’habitude
c. Ne jamais combiner carpes et postures augmentant la pression pulmonaire (yoga ou autre)
d. Etre très prudent si vous envisagez de combiner carpes et plongée sans palmes (profondeur / piscine),
e. Moniteurs, entraineurs, et apnéistes expérimentés devraient informer les apnéistes des risques encourus et précautions à prendre s’ils aperçoivent des pratiques potentiellement dangereuses.
f. Il est fortement recommandé de rapporter au AIDA MSC (Medical and Science Committee) toute expérience négative en matière de packing, autant passée que présente afin d’améliorer encore la sécurité et les connaissances sur ce sujet.

Remerciements,

Rik Rösken
Responsable Médecine & Science

A Blue-Addiction, voici ce que nous ajouterions fort de notre expérience :

  • Nous rappelons qu’il est totalement inutile de carper pour des plongées inférieures à 60m voir 70m. Avant d’utiliser ce bonus à double tranchant, préférez travailler technique, relaxation, bonne inspiration finale, mais surtout une technique de compensation précise.
  • Si vous décidez de commencer à carper, il est important d’y préparer son corps progressivement. Contrairement à ce qui est indiqué en point A de l’article, nous sommes d’avis qu’entrainer ses poumons et la musculature de la cage thoracique va dans le sens de la sécurité lorsque c’est fait correctement et prudemment : exercices respiratoires 3 fois par semaine en période d’entrainement ou de compétition en prenant un soin absolu à n’augmenter le nombre de carpes que très très progressivement, de l’ordre de 1 à maximum 2 tous les 15 jours. Tout cela est au programme du cours AIDA 4*.
  • Des alvéoles trop étirées perdent leur élasticité, deviennent poreuse et se fragilisent à la longue, augmentant la sensibilité aux baro-traumatismes des poumons et embolies gazeuses.. Ne carpez jamais jusqu’à votre maximum. Un 60-70% est largement suffisant.
  • Concernant le point C, donc si vous pratiquez ces étirement, il est primordial pour votre sécurité de toujours inspirer et prendre la posture, PUIS seulement carper prudemment (si vous découvrez ces étirements, les pratiquer sur une simple inspiration à 80-90% sans carpes est suffisant au départ). Ainsi, si le moindre inconfort devait apparaître vous n’êtes pas en mouvement, et pouvez relâcher un peu d’air. Alors que si vous vous enflez puis commencez à bouger et vous étirer, vous risquez de vous blesser sans avertissement au moindre faux mouvement ou à la moindre carpe de trop. Rappelons que contrairement à nos muscles, les poumons contiennent très peu de détecteurs de douleur pour vous prévenir que vous êtes en train de les endommager. Il est donc facile de se blesser sans s’en apercevoir immédiatement.
  • Pour l’apnée de profondeur, toujours expirer dans la dernière partie de la remontée : un peu dès 20m (pensez à prévenir l’apnéiste de sécurité, cela peut surprendre), et en tout cas sur les 10 derniers mètres. En effet, à la remontée l’air se décompresse dans les poumons plus vite que le bloodshift ne s’inverse, et donc dans un volume pulmonaire réduit, avec tous les risques de blessure que cela comporte.

Et si vous êtes toujours curieux, vous pouvez suivre l’intéressante discussion sur Facebook (en anglais) qui a suivi la publication de Rik Rösken.